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À
propos de la Commission biologique du Canada
Publications
de la Commission Revue canadienne de l'identification des arthropodes Ressources
d'information Renseignements pour les étudiants Projets
de recherche Arthropodes de Terre-Neuve et . . . À
propos de la faune
entomologique du Canada
|
Le présent document fait le point sur la faune entomologique du Canada. Nous y résumons les caractéristiques générales de notre pays ainsi que la composition taxonomique et les rapports écologiques des populations d'insectes qui s'y trouvent. Sa présentation reflète des intérêts de la Commission biologique du Canada et c'est la raison pour laquelle, par exemple, les espèces économiquement importantes sont abordées dans une perspective écologique et non pas du point de vue de la lutte antiparasitaire. Nous décrivons également les
principales ressources entomologiques, y compris les collections entomologiques
canadiennes et les organisations qui contribuent ou qui participent à la recherche
entomologique. Nous terminons par une
bibliographie sommaire à l'intention des lecteurs qui souhaiteraient approfondir le
sujet. Le Canada et sa faune entomologique
L'environnement canadien
Le Canada est un pays immense. Ses 9 972 800 km² le placent en effet au
deuxième rang des pays du monde, pour la superficie, derrière l'Union soviétique. Il
s'étend sur environ 4 800 kilomètres, de la côte atlantique de Terre-Neuve (longitude
52°0) à l'océan Pacifique et à la frontière de l'Alaska (141°0). Son point le plus méridional est une langue de
sable située à Pointe Pelée et une île voisine du lac Érié, à 42° de latitude
nord, mais la frontière américaine coïncide en majeure partie, dans l'ouest du pays,
avec le 49e parallèle. De la
frontière méridionale du Canada jusqu'à la limite des terres au nord de l'île
Ellesmere (83°N), if faut compter environ 4 500 km.
Le tiers environ de la superficie du pays peut être considéré comme faisant
partie de I'Arctique, et les régions les plus septentrionales sont les îles de
I'archipel arctique canadien dont la superficie atteint environ 1 295 000 km2. La partie nord-est du continent est divisée par
la baie d'Hudson, un bras de mer qui peut atteindre par endroit jusqu'à 1 000 km de
largeur. La physiographie du Canada est dominée
par la Cordillère, vaste zone montagneuse de l'ouest qui se prolonge vers le sud jusqu'en
Amérique centrale. La Cordillère
canadienne se divise en trois parties distinctes: la chaîne côtière, Ies Rocheuses et,
entre les deux, ou système intérieur au relief complexe.
Les chaînes de montagnes sont séparées par des vallées. À lest des montagnes, le relief s'atténue
rapidement jusqu'aux plaines du centre du continent.
On observe finalement des zones à relief accentué à l'est ainsi que dans le
nord-est de I'Arctique. La moitié orientale du Canada est une
zone massive et plutôt complexe de roches cristallines précambriennes résistantes: le
Bouclier canadien. La glaciation a créé,
sur ce substrat imperméable, une multitude d'habitats aquatiques auxquels viennent
s'ajouter des lacs immenses remplissant surtout des failles élargies par la glaciation et
qui contiennent 20% des réserves mondiales d'eau douce.
Quatre des Grands Lacs (Supérieur, Huron, Ontario et Érié) sont situés en
partie en territoire canadien, mais il existe également des lacs géants plus à l'ouest
et plus au nord: Nipigon, Manitoba, Winnipeg, Winnipegosis, Caribou, Athabasca, Grand lac
de l'Ours et Grand Lac des Esclaves. Certaines
régions côtières sont drainées par des fleuves locaux mais il y a également plusieurs
fleuves énormes tels le Saint-Laurent à l'est,
le Nelson, et le Yukon, le Fraser et le Mackenzie (drainant un bassin de 1 789 000 km2
dans l'océan Arctique!) à l'ouest. Les montagnes de l'ouest influent sur le
climat d'une grande partie du Canada et, par ricochet, sur les organismes qui y vivent. Les courants atmosphériques venant de l'ouest
poussent I'air humide du Pacifique jusque sur la côte ouest et amènent ainsi de la pluie
ou de la neige sur les pentes montagneuses. Les
vallées de l'intérieur, toutefois, ne reçoivent que très peu de pluie. Immédiatement à l'est des montagnes, l'air est
également sec. Les précipitations
augmentent ensuite graduellement à mesure qu'on se déplace vers I'est et que Ies masses
d'air du nord et du sud convergent et se joignent au courant soufflant vers l'est. Le climat est également moins aride vers le nord,
sauf dans les déserts arctiques, à cause des temperatures plus basses et de
I'évaporation moins forte. L'homogénéité du relief et du climat
sur de grandes superficies et la rudesse du climat dans le nord ainsi que la dernière
glaciation (qui a éliminé la biocénose presque partout) ont contribué à simplifier
l'environnement canadien. Toutefois, les
vastes superficies de terres (et la variété de facteurs physiographiques, climatiques et
édaphiques qui en découlent), les nombreuses masses d'eau douce et la topographie
variée des montagnes favorisent la diversification des organismes et contribuent à
créer des composantes régionales distinctes. Composition de la faune
La faune entomologique du Canada est une
faune nord-américaine et holarctique appauvrie par des conditions du nord. Elle présente cependant certains éléments
caractéristiques des régions plus méridionales ainsi que des formes arctiques
endémiques et certaines formes caractéristiques de la Cordillère comme les
grylloblattidés. On a déjà dénombré près de 34 000
espèces d'arthropodes terrestres au Canada et on pense que le nombre des espéces qui
n'ont pas encore été décrites est presque équivalent (tableau 1). Plus de 2 000 espèces d'arthropodes terrestres,
les trois quarts étant des insectes, ont déjà été décrites pour I'Arctique et on
pense qu'il pourrait en rester autant à découvrir.
Plusieurs centaines d'espèces vivent dans le Grand Nord. Le caractère boréal de la faune
canadienne prise dans son ensemble se reflète dans la prédominance particulière des
endoptérygotes évolués. En outre, dans ces
groupes, les diptères sont relativement bien représentés tandis que les coléoptères
sont moins fréquents, tendance particulièrement évidente dans les régions au nord du
pays (tableau 2). Certains autres groupes
<<septentrionaux>>, familles, genres et espèces, sont semblablement
favorisés au détriment d'autres groupes. Même dans les régions du nord, où la faune est moins diversifiée, certaines espèces sont remarquablement abondantes. Par exemple, les diptères piqueurs (simulies, moustiques, brûlots, taons) sont particulièrement nombreux dans la zone boréale. Tableau 1. Liste des arthropodes
terrestres canadiens1
1Tiré de Danks, 1979, mise à jour pour
les autres arthropodes terrestres Tableau 2. Représentation relative
des ordres d'insectes dans différentes régions
Différences régionales entre les habitats et leurs populations d'insectesLe Canada compte plusieurs biomes
différents, chacun d'eux se distinguant avant tout par sa végétation dominante
(Figure), mais chacun présentant également sa faune caractéristique. L'Arctique et la forêt boréale sont de loin les
plus vastes de ces biomes. Les écotones
caractéristiques, en particulier la zone de transition Arctique-forêt boréale
(subarctique), la zone de transition forêt boréalePrairies (prairie-parc) et la
zone de transition forêt boréaleforêt des feuillus (forêt des Grands Lacs et du
Saint-Laurent et forêt acadienne) occupent également de vastes superficies. Chacune de ces grandes zones peut être
subdivisée selon sa végétation et d'autres caractéristiques. Du point de vue de I'habitat général et
de la faune, on peut décrire les zones principales comme suit. L'Arctique comprend les regions situées au-delà
de la limité forestière et se caractérise par sa végétation de plantes naines,
habituellement vivaces. Les lichens y sont
communs. Le Grand Nord présente une
végétation claire, parsemée de plantes à fleurs mais comportant également des amas
plus grands de plantes ou de vastes prés à carex et à mousses dans certains endroits
favorables. La végétation des régions
arctiques moins septentrionales est pour sa part généralement plus dense et on peut
trouver de buissons nains ou de fourrés de saules. Dans
le Grand Nord, la végétation clairsemée et I'absence de couverture qui en découle
limitent les habitats au-dessus du sol. Le
pergélisol limite par ailleurs la disponibilité des habitats dans le sol. Les étés sont courts et frais et les sommes de
températures pendant la saison de croissance sont peu élevées, mais la lumière du jour
est permanente en été et permet donc une certaine amélioration des conditions qui
existent à la surface du sol. Les faibles
précipitations laissent les habitats des hautes terres arides. Cette aridité est moindre dans les basses terres
car le pergélisol empêche le drainage. Les
fréquentes périodes de vents forts et les conditions imprévisibles, surtout en ce qui
concerne la température et la nébulosité, limitent I'activité des insectes. Les hivers sont longs et froids. La faune est appauvrie mais certaines espèces de
diptères, d'hyménoptères et de lépidoptères, certains ectoparasites de vertébrés
homéothermes et d'autres organismes comme les acariens et les collemboles connaissent un
succès relatif. La forêt boréale est surtout composée
de conifères mais elle peut également renfermer des arbres feuillus caractéristiques
comme le bouleau et le peuplier, éparpillés parmi les épinettes, les sapins et les
pins. Cette forêt transcontinentale forme
avec des forêts de résineux semblables de la Cordillère un système continu qui se
prolonge loin vers le sud. Comme l'Arctique,
la forêt boréale du Canada se caractérise par ses hivers froids mais l'enneigement plus
considérable contribue à améliorer les conditions à la surface du sol. Au-dessus de la neige, les differences entre les
saisons, surtout en ce qui a trait à la température, sont souvent plus considérables
que dans I'Arctique. Le couvert plein
constitué principalement de résineux limite la pénétration de la lumière (et la
circulation de I'air), réduisant la flore au sol et la complexité des habitats. Ces derniers, composés de mousses, d'herbes
basses et de buissons, sont tout de même plus complexes que ceux qu'on observe plus au
nord. La litière, faite d'aiguilles de
conifères, résiste à la décomposition et les sols sont acides. Ceci contribue encore à simplifier les habitats. Néanmoins, des bouleversements régionaux, p. ex.
des incendies de forêt, servent à maintenir la diversité des habitats. D'ailleurs, la fonte de la neige accumulée, le
faible taux d'évaporation et le drainage souvent pauvre dans cette zone conduisent à une
remarquable ubiquité des eaux de surface stagnantes et courantes, et les tourbières sont
abondantes. Comme dans I'Arctique, les
insectes prédominants dans la forêt boréale sont des endoptérygotes évolués
(lépidoptères, hyménoptères, diptérès et coléoptères). Certaines formes phytophages, y compris des
espèces à incidence économique comme des papillons nocturnes, des tenthrèdes, des
diprions, des scolytes et des longicornes, connaissent des pullulations intermittentes. La forêt de feuillus véritable
(contrairement à la zone de transition forêt boréale-forêt de feuillus plus vaste) se
limite, au Canada, au sud-ouest de l'Ontario mais elle occupe une grande partie de l'est
des États-Unis. Le hêtre et l'érable à
sucre y dominent mais elle contient en outre beaucoup plus d'espèces d'arbres que la
forêt boréale et présente par ailleurs une flore de sous-étage et une flore du sol
caractéristiques et modérément développées donnant lieu à une grande variété de
micro-habitats, même en hiver. Les
précipitations moyennes et uniformément réparties dans cette zone maintiennent une
humidité généralement assez élevée en été, et le sol est recouvert d'une litière
de feuilles qui se distingue par la richesse de sa microflore et de sa microfaune. Au Canada, I'homme a cultivé une grande partie de
la zone qui était à l'origine occupée par cette forêt.
La forêt de feuillus comporte un grand nombre de taxons d'arthropodes, y compris,
çà et Ià, des représentants de groupes fondamentalement subtropicaux, notamment des
coléoptères, qui ne se trouvent nulle part ailleurs au Canada. Certaines espèces herbivores comme les
phyllophages et les xylophages ainsi que certains mycétophages sont caractéristiques. Les régions des Grands Lacs et du
Saint-Laurent et de I'Acadie, même si elles servent de zone de transition entre la forêt
boréale et la forêt de feuillus, présentent un intérêt particulier à cause de leur
grande superficie et de la densité de leurs populations.
Elles ont été les premières régions du Canada à être fortement colonisées et
leur faune entomologique est donc relativement bien connue. De grandes portions de ces régions ont été
fortement modifées par I'agriculture et l'urbanisation.
La composition locale des forêts mixtes indigènes a été déterminée par divers
facteurs topographiques et climatiques. En
général, la région des Grands Lacs et du Saint-Laurent se caractérise par une
population de pins blancs et de pruches qui s'accompagnent d'érables à sucre et d'autres
espèces. L'épinette rouge est une espèce
supplémentaire caractéristique de la région acadienne.
Dans cette zone de transition, rares sont les espèces d'insectes endémiques. La faune entomologique se compose plutôt
d'espèces du nord (forêt boréale) et du sud (forêt de feuillus) qui se trouvent
souvent à la limite de leur aire de répartition. Par
exemple, un certain nombre d'espèces essentiellement boréales ne vivent que dans les
tourbières fraiches de la zone de transition. La
faune de divers types d'habitats dulcicoles fréquents dans cette zone est
particulièrement riche. En outre, des espèces adaptées aux habitats découverts, y
compris certaines formes introduites, trouvent un habitat favorable dans les zones
défrichées par I'homme. Les Prairies, elles aussi fortement
modifiées par I'homme, présentent une flore relativement diversifiée à cause du
mélange d'espèces herbacées quelles contiennent, en particulier dans les zones
perturbées. Les précipitations y sont
relativement faibles. Elles diminuent à mesure qu'on s'avance vers l'ouest et que l'on
approche de la région sous le vent abritée de la pluie par la Cordillère, et la hauteur
des herbes diminue en conséquence, à tout le moins dans les zones non perturbées. Par ailleurs, les précipitations sont
inégalement réparties pendant I'année et certaines années sont marquées par des
sécheresses prolongées. La faible humidité
atmosphérique qui en découle est encore diminuée par l'ensoleillement estival
prolongé, les vents forts et une couverture végétale passablement limitée. Cette zone est par consequent trop aride pour
certains insectes (elle divise en fait la faune des milieux humides en deux portions:
l'occidentale et l'orientale) et on observe une composante xérophile importante
d'acrididés, de formicidés et de plusieurs autres groupes. Les hivers sont froids au centre du continent et
la couche protectrice de neige est habituellement passablement mince, sauf en certains
endroits. Les groupes herbivores
(hémiptères, lépidoptères, orthoptères et beaucoup de coléoptères) sont
particulièrement communs dans les Prairies. Les
Prairies Palouse des vallées de l'intérieur de la Cordillère renferment pour leur part
des espèces de caractérisant par une vaste aire de répartition dans les prairies. Mais
elles contiennent également des espèces de l'ouest et du sud qui ne se trouvent nulle
part ailleurs au Canada. Les îles Gulf, au sud de lîle de
Vancouver, les vallées de l'intérieur de la Colombie Britannique et certaines zones
particulières du sud-est de I'Alberta et du sud-ouest de la Saskatchewan sont
particulièrement arides et les conditions qui existent pendant l'été, à tout le moins
par endroits, sont à toutes fins utiles désertiques.
La couverture végétale est discontinue par endroits et comprend des plantes
succulentes et xérophiles à port buissonnant. Les
sols sont sensibles à l'érosion sous certaines conditions, en particulier lorsqu'ils
sont perturbés artificiellement. Les températures journalières fluctuent habituellement
beaucoup à la surface du sol et les arthropodes ont donc tendance à être discrets ou
fouisseurs, et nocturnes. Le manque
d'humidité diminue la productivité et la diversité de la faune dans ces zones mais on y
observe néanmoins certains éléments représentatifs du Grand Bassin et même des
régions tropicales comme les scorpions et les solifuges, qui n'existent nulle part
ailleurs au Canada. Les coléoptères et
certains orthoptéroïdes sont également bien représentés. À l'opposé de ces régions arides, la
forêt humide toujours verte de la côte du Pacifique connaît le régime de températures
le plus stable de toutes les zones du Canada. La
pruche de l'Ouest, le thuya géant, l'épinette
de Sitka dans le nord et le sapin de Douglas dans le sud sont les principales essences de
cette région. La grande diversité
d'espèces végétales, la couverture dense et variée qui en découle et les conditions
physiques uniformes favorisent le maintien d'une faune entomologique extrêmement
diversifiée, comprenant notamment des éléments de la côte nord-américaine du
Pacifique qui ne se trouvent nulle part ailleurs au Canada. La zone de la Cordillère se
distingue par sa topographie découpée produisant une gamme remarquable d'habitats
différents. Même si de vastes portions de
cette zone sont recouvertes de forêts subalpines ou montagnardes, et de forêts
colombiennes plus riches dans certaines des principales vallées, on trouve çà et là
des zones de toundra alpine, de prairies herbeuses, etc. isolées les unes des autres par
des sommets ou par des vallées. La faune
d'arthropodes y est variée et intéressante. Plusieurs
groupes y sont particulièrement diversifiés et on y trouve également certains
éléments uniques.
Répartition des insectesLes aires de répartition très vastes de
beaucoup des espèces d'insectes caractérisent très généralement la faune canadienne
et vont de pair avec Iexistence de vastes superficies homogènes, en particulier
dans les hautes latitudes. Les espèces
holarctiques et même circumpolaires sont particulièrement communes dans I'Arctique et
environ la moitié des espèces décrites dans cette région sont holarctiques. Par exemple, seulement 2 à 30% des espèces non
arctiques des diverses familles de diptères et d'autres groupes d'insectes d'Amérique du
Nord sont holarctiques, comparativement à 20 à 90% pour les espèces arctiques. Beaucoup d'espèces boréales sont également
holarctiques et, dans les limites de I'Amérique du Nord, beaucoup d'entre elles
présentent une répartition transcontinentale. Certaines
de ces espèces transcontinentales s'observent également dans des habitats du sud-ouest. Néanmoins, on trouve également dans la
faune canadienne beaucoup d'espèces dont I'aire de répartition est plus limitée. Certaines d'entre elles, nous I'avons vu plus
haut, sont adaptées à des zones particulières comme la forêt de la côte du Pacifique
ou les vallées arides de l'intérieur de la Cordillère.
Un nombre important d'espèces ne se rencontrent que dans la zone arctique et
jamais plus au sud. La limite septentrionale
de I'aire de répartition de beaucoup des espèces boréales coïncide avec la limite
forestière, à tout le moins dans la partie orientale du pays où cette limite
forestière est clairement perceptible. Les facteurs qui influent, au Canada, sur
I'aire de répartition des espèces sur lesquelles nous possédons des informations sont
évidemment variés. Ceux de nature
climatique comme I'aridité, I'humidité ou la durée de la période de croissance, ceux
relatifs aux sources d'aliments comme la disponibilité des plantes hôtes et d'autres qui
sont liés à I'habitat influent tous à leur façon sur la répartition de chaque
espèce. Certaines aires de répartition ont
été déterminées par des événements continentals à caractère historique, notamment
par la glaciation. Les aires de répartition
importantes de ce point de vue comprennent entre autres les répartitions discontinues
arctiques-alpines, amphibéringiennes, amphicontinentales et appalachiennes. Plusieurs centaines d'espèces ont été
introduites au Canada mais exception faite des parasitoïdes importés à des fins de
lutte biologique, leur histoire nous est la plupart du temps inconnue. Nos conclusions concernant les aires de
répartition des insectes et leurs changements en Amérique du Nord sont fondées
davantage sur des hypothèses de nature biogéographique que sur des données concrètes
de l'étude de l'écologie et des fossiles. Les
limites observées dependent à la fois de facteurs actuels et historiques. Au Canada, les limites septentrionales des aires
de répartition semblent souvent dépendre des effets de facteurs écologiques comme la
durée de la saison de croissance. Certaines
limites est-ouest, par contre, peuvent dépendre davantage de facteurs historiques puisque
les limites des aires de répartition de beaucoup d'espèces du nord coïncident avec le
Mackenzie ou avec la baie d'Hudson: des obstacles majeurs à la dissémination des
espèces adaptées à la toundra. Histoire de la fauneLa faune canadienne doit son caractère
distinct aux changements climatiques et géographiques et aux autres phénomènes survenus
par le passé. La tectonique des plaques peut
permettre d'expliquer la biogéographie de certaines lignées anciennes. Les événements survenus à I'ère tertiaire ont
influé sur les caractéristiques actuelles de la faune, notamment dans le cas des
éléments vivant dans la toundra et dont l'origine remonte à une période antérieure à
I'ère quaternaire. L'importante glaciation
du pléistocène a joué un rôle particulièrement important, au Canada, à cause de ses
répercussions énormes sur la faune. Pendant le pléistocène, le Canada
était presque entièrement recouvert de glaciers qui atteignaient à certains endroits
plus de 1 km d'épaisseur. Il y a eu
plusieurs vagues principales et secondaires de glaciation depuis 1.5 million d'années
mais la période la plus récente de progression des glaces, la glaciation du Wisconsin
(période connue sous le nom de glaciation würmienne en Europe), nous sert de point de
départ pour I'étude des territoires où la faune a été exterminée par les glaces. Le recul des glaciers du Wisconsin, commencé il y
a 10 à 20 milliers d'années dans diverses régions du Canada, a enclenché une suite
complexe de changements environnementaux, y compris lengloutissement sous la mer de
vastes superficies de territoires encore déprimés sous l'effet du poids des glaces, des
changements radicaux du drainage causés par le rebondissement postglaciaire et la
formation d'immenses lacs glaciaires alimentés par la fonte des glaces (la superficie du
lac glaciaire Agassiz atteignait jusqu'à 500 000 km2 et, à différentes
époques, il inondait en partie un territoire de près de 1 million de km2 et
drainait une superficie deux fois plus vaste). Les
communautés végétales et animales ont connu des bouleversements équivalents. Les biogéographes insistent sur le rôle
des refuges dans la survie des insectes pendant la période glaciaire. Ces refuges ont servi de points de départ pour la
colonisation des territoires exposés à nouveau lors du retrait des glaces. Le refuge le mieux connu est la Béringie, région
englobant l'extrémité est de I'Asie et l'extrémité ouest de I'Amérique du Nord,
reliées, à l'époque, par ce qui est aujourd'hui devenu le détroit de Béring. Cette vaste région épargnée par les glaces
semble en effet avoir servi de refuge à beacoup d'espèces arctiques, contribuant en
même temps aux très nombreuses similitudes observées, au chapitre de la faune, entre
I'Amérique du Nord et I'Eurasie, notamment entre l'est de la Sibérie et la region de
I'Alaska et du Yukon. Il existait également presque certainement d'autres refuges dans le
nord sur l'île Banks et sur le territoire continental adjacent ainsi que dans la région
de Terre-Neuve et de l'embouchure du Saint-Laurent. Il y a peut-être aussi eu d'autres
refuges pour les espèces de la toundra dans la région de l'île Ellesmere et de
Pearyland (nord du Groenland), dans les îles de la Reine-Charlotte et dans l'île Baffin. La propagation des survivants de la
Béringie a été un phénomène complexe et on a signalé des répartitions de
subfossiles postglaciaires beaucoup plus vastes que les répartitions «béringiennes»
actuelles. De tels faits laissent croire à
des taux rapides de dispersion, à tout le moins pour certaines espèces, et à
Iexistence de périodes postglaciaires au climat beaucoup plus doux qu'aujourd'hui,
notamment I'hypsithermal survenu il y a 5 à 8 000 ans. La plupart des espèces boréales ainsi
que certaines des espèces arctiques semblent avoir survécu à la glaciation dans des
refuges situés au sud de la calotte glaciaire. Ces
refuges étaient surtout situés aux États-Unis puisque la plupart des régions du sud du
Canada étaient recouvertes par les glaces, à l'exception des <<Cypress
Hills>>, dans le sud de l'Alberta et de la Saskatchewan. Certains des organismes qui se sont propagé à
partir de refuges séparés semblent avoir converge dans des <<zones de
suture>>, caractérisées par une hybridation complexe et par d'autres modes de
variation. Ces phénomènes sont
particulièrement évidents au Canada près du centième méridien (au Manitoba, près de
la frontière de la Saskatchewan) et en différents endroits de la Cordillère. Adaptations de la fauneMises à part les adaptations à la vie
dans des habitats particuliers communes à tous les insectes, plusieurs adaptations
caractéristiques des insectes du Canada découlent de conditions propres aux régions
septentrionales comme la succession des saisons. Ces
adaptations sont particulièrement évidentes dans les régions arctiques mais elles sont
également présentes, à un moindre degré et moins fréquemment, aux latitudes plus
basses. Beaucoup des espèces d'arthropodes du
nord sont petites et de couleur sombre. La
couleur sombre favorise en effet l'élévation de la température de l'organisme sous
l'effet du rayonnement solaire, et certaines espèces tirent profit de cet attribut en
prenant des bains de soleil. Dans les milieux
arctiques et alpins au climat plus rude, où la basse température de l'air limite la
période au cours de laquelle les insectes peuvent voler, les ailes et les antennes sont
réduites chez certaines espèces. Les microsites favorables sont
sélectionnés grâce à un comportement approprié.
Par exemple, les moustiques de I'Arctique ne pondent leurs oeufs que dans les
endroits les plus chauds. En outre, dans les
régions du nord, beaucoup d'espèces présentent un métabolisme plus élevé, à une
température donnée, que les espèces apparentées adaptées à un climat tempéré, mais
il y a un grand nombre d'espèces qui ne suivent pas cette règle. Beaucoup des modifications les plus
frappantes du métabolisme servent à assurer à l'organisme la résistance nécessaire
pour survivre aux rigueurs de l'hiver. Au
nombre de ces modifications, mentionnons l'élimination ou la neutralisation des agents de
nucléation et I'accumulation de cryoprotecteurs permettant la surfusion (résistance à
la congélation); et la fabrication d'agents de nucléation de I'hémolymphe et de
cryoprotecteurs servant à promouvoir un gel précoce et la survie de l'organisme
(tolérance à la congélation). Certains
insectes de I'Arctique peuvent demeurer en état de surfusion jusqu'à -60ºC et il n'est
pas rare d'observer des points de surfusion de - 40ºC ailleurs au Canada. Les cryoprotecteurs peuvent étre des substances
à faible poids moléculaire comme les alcools polyhydriques (généralement le glycérol)
et les sucres (p. ex. le tréhalose), ou des protéines à poids moléculaire élevé qui
inhibent la formation de la glace jusqu'à des températures étonnamment basses. La sélection d'un endroit convenable pour passer
I'hiver est un des éléments principaux de I'aptitude de l'organisme à survivre. Les adaptations nécessaires pour la résistance
au froid peuvent également conférer à l'organisme une résistance parallèle à
I'anoxie ou à la déshydratation. Beaucoup
des connaissances de base que nous possédons sur la résistance au froid des insectes
nous viennent d'études menées sur les espèces canadiennes. La plupart des régions du Canada se
caractérisent par une saison de croissance courte, et beaucoup des espèces d'insectes
sont univoltines plutôt que multivoltines. Dans
certains habitats, surtout lorsqu'on se déplace vers le nord, certaines espèces peuvent
prendre plusieurs années pour compléter une génération.
On a déjà signalé des cycles biologiques durant jusqu'à 14 ans dans le Grand
Nord. La plupart des espèces passent I'hiver
dans un état de dormance prolongée. La
dormance existe également pendant I'été très chaud des Prairies, chez des espèces
appartenant à toute une variété de groupes, y compris les habitants de milieux
aquatiques temporaires qui s'assèchent en été. Chez
la plupart des espèces canadiennes ainsi que chez d'autres espèces ailleurs dans le
monde, la diapause est déterminée avant tout par la photopériode et, secondairement,
par la température. Toutefois, la
température joue un rôle plus important aux latitudes plus élevées. En effet, en plus de créer des conditions
critiques pour la survie, la température ne laisse voir aucune corrélation claire avec
la photopériode dans ces régions. Une
fraction des sujets de plusieurs des espèces canadiennes prolongent leur diapause pendant
plus d'un an. Typiquement, ces espèces
occupent des habitats aux conditions imprévisibles tels que I'Arctique, les étangs
temporaires (p. ex. certains moustiques du genre Aedes) et les cônes de conifères
(la production de cônes peut varier énormément d'une année à I'autre). Finalement, les adaptations génétiques
de certains insectes de I'Arctique canadien semblent avoir pour effet de stabiliser les
génotypes dans des environnements imprévisibles. La
stabilité réduit le risque d'une variation rapide des génotypes adaptés en réaction
à des changements des conditions environnementales, variation qui pourrait s'avérer
inappropriée si le changement environnemental n'était que temporaire. La fixation des genotypes par la voie de la
parthénogénèse (qui éIimine en même temps le besoin de s'accoupler dans des
conditions difficiles) s'observe chez plusieurs groupes d'insectes de I'Arctique, y
compris les chironomides, les simulies, les psylles, les trichoptères, les éphémères
et les cochenilles. Structure écologique de la faune
La faune du sud du Canada ressemble, par
sa structure écologique, aux autres faunes des zones tempérées. Toutefois, à mesure qu'on se déplace vers le
nord et que la diversité des habitats diminue, les habitats les plus favorables se
limitent de plus en plus à la surface du sol, laquelle se réchauffe assez rapidement au
printemps et bénéficie du rayonnement solaire pendant la saison de croissance. Par conséquent, les espèces vivant dans le sol
et dans les eaux peu profondes deviennent dominantes dans le nord. Le complexe des arthropodes du sol est
particulièrement important. Il maintient la productivité des sols en contribuant, avec
les micro-organismes, à la décomposition et au recyclage de la matière organique. Sur de vastes superficies des forêts du nord, la
décomposition dans le bois mort et dans le sol est assurée malgré l'absence d'un grand
nombre des espèces caractéristiques des forêts du sud.
Beaucoup des espèces absentes (p. ex. les termites) sont remplacées par d'autres
insectes et des acariens. Malgré leur
température plus basse, les habitats des sols du nord sont humides et riches par
endroits; d'ailleurs, comme dans les sols du sud du Canada, les populations d'arthropodes
y sont généralement élevées. La végétation devient moins riche vers
le nord mais le nombre d'espèces d'insectes herbivores diminue encore plus rapidement. Les prairies herbeuses et les forêts contiennent
par exemple d'importants groupes d'insectes phyllophages, mineurs, cécidogènes et
d'autres insectes phytophages, alors que dans I'Arctique, beaucoup de groupes d'insectes
phyllophages et xylophages sont absents (orthoptères et familles de coléoptères). Les insectes détriticoles et saprophages, déjà
communs dans la zone boréale, dominent dans I'Arctique.
Toutefois, plus que la végétation, c'est le climat qui est principalement
responsable du nombre comparativement beaucoup plus faible d'insectes phytophages dans
cette region. La plupart des formes du nord
conservent la monophagie ou la polyphagie et les autres habitudes caractéristiques de
leur groupe. La structure et I'histoire géologique du
Canada expliquent en partie le nombre particulièrement élevé de petits étangs peu
profonds qu'on y trouve. Nous connaissons
cependant peu de choses de la structure écologique des communautés de ces habitats
dulcicoles chauds. Les grands lacs et les cours
d'eau froids sont également abondants et la faune qu'ils contiennent est mieux connue. La plupart des cours d'eau sont dominés par des
espèces sténothermes d'eaux froides ou tolérantes au froid appartenant aux groupes des plécoptères, des trichoptères, des
chironomides et à d'autres groupes. Dans les grandes zones marécageuses, la
décomposition des végétaux est plus lente que leur accumulation, ce qui entraîne la
formation de vastes tourbières. Ce type de zone
marécageuse dominant au Canada correspond à environ 16%
de la superficie des terres. La plupart des
insectes habitant ces tourbières semblent appartenir à des espèces qu'on trouve
généralement dans les écosystèmes lénitiques, mais certaines espèces intéressantes,
des odonates par exemple, sont limitées à ces habitats. Malgré la diversité réduite de la
faune du nord, les rapports au sein des écosystèmes sont beaucoup plus complexes qu'on
ne l'imagine. Par exemple, on peut parler des
rapports entre les habitats (dus aux phénomènes de la métamorphose et de la
propagation); entre les arthropodes et les vertébrés (insectes coprophages et
nécrophages, ectoparasites et vertébrés insectivores); entre les insectes et les
fleurs; entre les insectes et les parasitoïdes; et entre diverses variétés
d'arthropodes et leurs prédateurs invertébrés. Ces rapports sont tout à fait évidents
même dans le Grand Nord. Les larves d'insectes tiennent une place
importante dans les écosystèmes canadiens. Beaucoup
des groupes d'exoptérygotes essentiellement subtropicaux sont absents tandis que les
endoptérygotes comme les diptères, les hyménoptères et les lépidoptères sont
extrêmement répandus. On trouve beaucoup
plus de larves que d'adultes. Les phytophages
caractéristiques des forêts se nourrissent de végétaux pendant leurs stades larvaires. Chez la plupart des insectes aquatiques, seuls les
stades larvaires vivent en eau douce. Les
larves de nombreuses familles communes de diptères sont saprophages. De tels insectes passent la majorité de leur vie
au stade larvaire et c'est à ce stade qu'ils accumulent les réserves qui serviront à
assurer la vie active et la reproduction des adultes. En résumé, les insectes phytophages
occupent une place de choix dans les écosystèmes canadiens sauf dans la toundra, mais
les saprophages et les autres arthropodes, en particulier les acariens et les larves de
diptères, jouent un rôle particulièrement important dans les habitats caractéristiques
des sols et des eaux douces. Les rapports
écologiques qui existent entre ces éléments du complexe des décomposeurs sont encore
mal compris puisqu'il nous manque des données fondamentales sur l'écologie et la
taxonomie de ces espèces. L'ubiquité des conditions du nord au
Canada confère un intérêt scientifique particulier à l'étude de la faune canadienne. Par ailleurs, la faune qui caractérise les
régions les plus peuplées et cultivées du sud du Canada ressemble à la faune des
systèmes tempérés typiques que l'on observe ailleurs. Leçons à tirer de certains ravageursBeaucoup de ravageurs nord-américains
communs des cultures et des forêts sont un fléau pour le Canada. D'autres espèces s'avèrent importantes pour la
médecine et l'art vétérinaire. Les
espèces capables de causer des dommages à grande échelle ou dans des régions
particulières se comptent par centaines, mais ce nombre ne représente tout de même
qu'une petite fraction de l'ensemble de la faune entomologique. Nous avons choisi de ne mentionner ici qu'un nombre
limité des ravageurs présentant un intérêt écologique particulier. La tordeuse des bourgeons de l'épinette
est le ravageur le mieux connu des forêts du Canada. Le
genre Choristoneura comporte plusieurs espèces, y compris la tordeuse des
bourgeons de l'épinette et la tordeuse occidentale de I'épinette, C. fumiferana
et C. occidentalis. Les populations de
la tordeuse des bourgeons de I'épinette atteignent un sommet environ tous les 35 ans,
provoquant la défoliation de leurs hôtes, le sapin baumier et l'épinette, et provoquant la mort d'un grand
nombre d'arbres. Plusieurs facteurs contribuent à
cette augmentation des populations du ravageur. Ce
dernier trouve des conditions particulièrement favorables dans les peuplements surâgés
de sapins baumiers. Les femelles adultes
pondent environ la moitié de leurs oeufs localement et se dispersent ensuite, parcourant
des distances qui atteignent jusqu'à 200 km ou plus.
Compte tenu de l'étendue des forêts de conifères au Canada, un tel comportement
rend la lutte antiparasitaire extrêmement difficile sauf dans certaines régions
limitées où la protection, assurée principalement à I'aide d'insecticides, vise à
conserver les arbres pour l'exploitation forestière.
Un écosystème d'une telle ampleur constitue un sujet d'étude intéressant car la
gestion d'une forêt entière est une tâche pratiquement irréalisable. Il semble donc
que cette question devra faire l'objet d'études à grande échelle et à très long
terme. Nous avons également besoin d'études à
grande échelle pour connaître les espèces canadiennes de ravageurs qui sont réparties
sur tout le continent. Certains ravageurs
extrêmement répandus et capables de se propager sur de vastes superficies varient très
peu même sur de grandes distances. Par
contre, d'autres espèces montrent des variations intéressantes d'une région à I'autre
de leur aire de répartition (p. ex. le puceron lanigère du sapin, Adelges piceae,
une espèce introduite). Les variations
géographiques et les variations liées aux différences entre les espèces hôtes chez
plusieurs autres espèces d'homoptères et de lépidoptères ravageurs compliquent les
études taxonomiques portant sur ces espèces. Les diptères piqueurs constituent un
fléau pour les humains et les animaux dans beaucoup de regions du Canada. Les études des chromosomes des simulies,
commencées avec des espèces canadiennes, ont montré comment il est possible de
déterminer avec une grande exactitude l'origine ou la phylogénie des cytotypes
apparentés et ont permis de reconnaître des espèces sympatriques jumelles jusque-Ià
inconnues et qui differènt par leur comportement à l'égard de I'hôte ainsi que par
d'autres caractéristiques. Plusieurs espèces de moustiques,
notamment ceux du genre Aedes, sont des piqueurs voraces au Canada. Les espèces du genre Culex, notamment C.
tarsalis (qui s'attaque également aux oiseaux) ont par ailleurs fait l'objet
d'études particulières en leur qualité de vecteurs du virus de l'encéphalite équine
qui est responsable, certaines années, de quelques cas de mortalité chez les humains
dans l'ouest du Canada. Les conditions
atmosphériques (précipitations) qui existent sur une période de plusieurs années
déterminent la production, la répartition, la survie et I'éclosion annuelle des oeufs
de moustiques dans les petites étendues d'eau ou près de ces dernières. Pour comprendre I'évolution des populations de
moustiques, il est donc également nécessaire de procéder à
des études à long terme. La légionnaire Bertha, Mamestra
configurata, s'attaque à de nombreuses espèces de dicotylédones et nuit
sporadiquement à la culture du colza canola dans l'ouest du Canada. Ces populations fluctuent énormément et les
dommages qu'elles peut causer aux cultures sont tantôt négligeables tantôt très
graves. Ces fluctuations semblent dépendre des
parasitoïdes, des conditions physiques et d'autres facteurs. Les populations d'un certain nombre d'autres insectes,
ravageurs ou non, peuvent également fluctuer énormément d'une année à I'autre et
certains peuvent subir l'influence de I'arrivée saisonnière d'espèces migratrices
venant du sud ainsi que des résultats de leur propre reproduction. Certaines tentatives de contrôle des
populations fluctuantes de plusieurs autres espèces de ravageurs ainsi que de vers-gris
(larves de Noctuidés) potentiellement nuisibles se sont avérées utiles puisqu'elles ont
donné lieu à la mise au point de phéromones spécifiques. Ces substances attractives ont permis de démontrer non
seulement que certaines taxons comportent d'autres espèces que les espèces uniques
décrites antérieurement mais également que des populations importantes de certaines
espèces sont demeurées dans l'ombre avant que nous ne parvenions à synthétiser un
attractif efficace. Plusieurs ravageurs importants ont été
introduits au Canada, y compris la pyrale du maïs (Ostrinia nubilalis), le
carpocapse de la pomme (Cydia pomonella), le diprion du pin sylvestre (Neodiprion
sertifer), le porte-case du mélèze (Coleophora laricella) et I'arpenteuse
tardive (Operophtera brumata). De nombreux
agents de lutte biologique ont été importés et étudiés, mais les résultats qu'ils
ont permis d'obtenir contre les espèces introduites et indigènes ont différés. L'introduction accidentelle d'un virus avec deux
espèces d'ichneumonidé parasitoïdes a permis d'obtenir un succès total dans la lutte
contre le diprion européen de l'épinette (Gilpinia hercyniae). Les résultats d'études portant sur le
complexe de ravageurs introduits et indigènes dans les vergers de pommes de
Nouvelle-Écosse ont poussé l'entomologiste canadien A.D. Pickett, à la fin des années
1940, à modifier les épandages d'insecticides afin de tirer parti des ennemis naturels
du ravageur, une méthode qui allait déboucher sur le concept de gestion des insectes
ravageurs. Il est en effet possible de manipuler les agents culturaux, chimiques et
biologiques afin de gérer l'ensemble du système selon une perspective à long terme et
d'éviter ainsi les effets secondaires qui peuvent découler de la lutte contre les
espèces individuelles. Ces quelques exemples montrent qu'il
existe partout au pays des espèces à incidence économique et que les dommages causés
par ces espèces peuvent varier d'une année à I'autre.
L'évolution temporelle et spatiale des écosystèmes canadiens, déjà envisagée
dans un contexte plus large, est donc encore mise en évidence. Ressources entomologiques canadiennesLa population humaine du Canada se
concentre dans le sud du pays, en particulier dans le sud de l'Ontario et du Québec
(comparer la distribution des villes illustrée sur la couverture arrière). Ces régions jouissent de conditions plus
clémentes et de sols plus productifs qu'ailleurs au Canada. La répartition des ressources
entomologiques suit plus ou moins la même tendance.
La plupart des entomologistes et des collections entomologiques se trouvent dans
les grandes villes et dans des régions où I'activité agricole est importante. Les entomologistes au Canada
Plus de I 000 entomologistes de tous
genres travaillent au Canada et plusieurs centaines d'entre eux s'adonnent à la
recherche. On fait de la recherche dans les
services des gouvernements fédéral et provinciaux, dans les universités et, dans une
moindre mesure, dans les laboratoires des entreprises privées. Plusieurs des ministères du gouvernement
fédéral emploient des entomologistes, mais le ministère de l'Agriculture est de loin
celui qui en compte le plus, avec ses 28 stations agricoles régionales et ses six centres
de recherche forestière (jusqu'en 1984, le Service canadien des forêts faisait partie du
ministère de I'Environnement). C'est également au
ministère de I'Agriculture qu'appartient le Centre de recherches biosystématiques
d'Ottawa, lequel abrite la collection nationale d'insectes et d'arachnides. Les collections nationales de la plupart des
autres variétés d'organismes sont regroupés au Musée national des sciences naturelles,
à Ottawa. La Commission biologique du Canada
(Arthropodes terrestres) se charge de la coordination nationale de l'entomologie
systématique et faunistique au nom du Musée national des sciences naturelles et de la
Société d'entomologie du Canada. Son petit
secretariat, logé au musée, bénéficie de l'aide d'un comité consultatif
d'entomologistes provenant de diverses organisations. Le nombre d'entomologistes professionels
au service des universités est aussi élevé que ceux du gouvernement fédéral. Beaucoup des départements de biologie ou de
zoologie des universités comptent un ou plusieurs entomologistes et il y en a encore
davantage dans les départements d'entomologie de l'Université de I'Alberta à Edmonton,
de l'Université du Manitoba à Winnipeg et du Collège Macdonald de l'Université McGill
à Sainte-Anne-de-Bellevue, près de Montréal (Québec), au département de biologie
environnementale de l'Université de Guelph (Ontario), et aux départements de biologie de
l'Université de Toronto (Ontario) et de l'Université de la Colombie-Britannique à
Vancouver. En outre, plus de 300 étudiants
diplômés poursuivent des études en entomologie dans les universités canadiennes,
environ 130 d'entre eux étant inscrits au doctorat. Plusieurs douzaines d'entomologistes sont
au service des ministères provinciaux de I'agriculture, de l'environnement, etc., et
plusieurs autres travaillent dans les musées provinciaux de la Colombie-Britannique, de
I'Alberta, du Manitoba, de l'Ontario et de la Nouvelle-Écosse. Les firmes d'experts-conseils effectuant
des études environnementales, les entreprises de lutte antiparasitaire, les fabricants de
pesticides, et un petit nombre d'organisations privées emploient également quelques
entomologistes. Les entomologistes amateurs sont peu
nombreux au Canada, sauf au Québec. Sociétés dentomologie
La Société d'entomologie du Canada est
la société nationale d'entomologie. Elle
compte actuellement environ 900 membres individuels.
La Société a été fondée en 1951 pour poursuivre dans l'ensemble du pays le
travail commencé par la Société d'entomologie de l'Ontario, laquelle avait été
constituée en 1871 et succédait à la SEC originale fondée le 16 avril 1863. La Société publie le Canadian
Entomologist. Cette revue scientifique
spécialisée, la plus ancienne au Canada, existe depuis 1868 et son tirage atteint près
de 2 000 exemplaires. En outre, la Société
publie les Memoirs of the Entomological Society of Canada. Depuis 1955, plus de 140 volumes de ces Memoirs
ont été publiés. En plus de publier des
articles scientifiques et un Bulletin et de tenir une conférence annuelle, la
Société s'est récemment penchée sur les politiques et les priorités du Canada en
matière de sciences, procédant notamment à des études sur les ressources humaines et
les cours offerts en entomologie, les coûts et les avantages de la lutte antiparasitaire
pour certaines cultures, les insecticides microbiens et d'autres questions. La Société a été l'instigatrice de la
Commission biologique du Canada et elle a contribué à sa création. Sept sociétés régionales sont
affiliées à la Société d'entomologie du Canada: la Société d'entomologie acadienne
(qui regroupe des entomologistes de l'est du Canada et du nord-est des États-Unis) et les
sociétés d'entomologie du Québec, de l'Ontario, du Manitoba, de la Saskatchewan, de
I'Alberta et de la Colombie-Britannique. Ces
sociétés tiennent des conférences annuelles, et la plupart d'entre elles publient les
actes de ces conférences, principalement sous forme de résumés des exposés présentés
ou de comptes rendus des réunions administratives. La
Société d'entomologie de la Colombie-Britannique publie également un bulletin: Boreus. Les Proceedings of the Entomological Society of
Ontario et le Journal of the Entomological Society of British Columbia publient
des articles scientifiques plus longs, ainsi d'ailleurs que la Revue dentomologie
du Québec et les Mémoires de la Societé dentomologie du Québec, qui
paraissent de façon sporadique. Certains des entomologistes amateurs sont
membres, dans plusieurs provinces, des sociétés provinciales. Un groupe d'environ 60 entomologistes de la
région de Toronto a formé la Toronto Entomologists' Association et publie des
publications occasionnelles. Les nombreux
entomologistes amateurs du Québec sont regroupés dans I'Association des
entomologistes amateurs du Québec, qui publie Fabreries et d'autres
publications occasionnelles. Plusieurs
cercles locaux de naturalistes ou d'entomologistes du Québec comptent également des
entomologistes amateurs. Un projet récemment
mis sur pied à l'intention des entomologistes professionnels et amateurs, Entomofaune
du Québec, publie des ouvrages en français sur la faune. Collections canadiennes d'insectes
Il existe au Canada environ 100
collections d'insectes regroupant près de 20 millions de spécimens. Environ 13 millions de spécimens sont rassemblés
dans la Collection nationale à Ottawa. Il existe en outre une cinquantaine d'autres
collections contenant plus de 10 000 spécimens chacune, les plus importantes étant la
collection du Musée entomologique Lyman du Collège Macdonald, à Sainte-Anne-de-Bellevue
(Québec) (presque 2 millions de specimens) et celle du Musée royal de l'Ontario à
Toronto (1 million de spécimens). Parmi les
autres collections particulièrement grandes ou historiquement importantes, mentionnons
celle de l'Université de Guelph (Ontario) (900 000), celle de l'Université de I'Alberta
à Edmonton (500 000), celle de l'Université de la Colombie-Britannique à Vancouver (350
000), celle du Musée provincial de la Nouvelle-Écosse à Halifax (325 000) et celle de
l'Université Laval à Québec (125 000). D'autres grosses collections (plus de 100
000 spécimens) se trouvent aux musées provinciaux de I'Alberta et de la
Colombie-Britannique, à l'Université du Québec à Chicoutimi (surtout des fourmis), au
ministère québecois de l'Énergie et des Ressources, à Québec, et aux centres de
recherches forestières de Fredéricton (Nouveau-Brunswick) et de Sault Ste Marie
(Ontario). La plupart des autres laboratoires de
recherches agricoles et forestières et beaucoup d'universités et de musées possèdent
également des collections plus petites, plus ou moins spécialisées, la plupart ayant
été montées par quelques personnes intéressées. Bibliographie sommaireLes titres énumérés ci-après vous
permettront d'en apprendre davantage sur les sujets abordés dans le présent synopsis. Nous mettons particulièrement I'accent sur les
travaux récents et sur ceux qui contiennent de plus amples références utiles. Revues spécialiséesBeaucoup d'articles de recherche en
entomologie au Canada sont publiés dans le Canadian Entomologist. Les Memoirs of the Entomological Society of
Canada contiennent des monographies plus longues portant surtout sur la systématique. Les résultats de certaines recherches
entomologiques sont publiés dans les revues des sociétés provinciales (voir ci-haut) ou
d'autres publications, notamment Quaestiones Entomologicae produit par
l'Université de I'Alberta. Le laboratoire de
recherche et le Musée entomologique Lyman publient à l'occasion des Memoirs (et
des Notes). Parmi les autres revues
spécialisées canadiennes qui publient à l'occasion des articles portant sur
l'entomologie, mentionnons le Journal canadien de zoologie, le Journal canadien
des sciences halieutiques et aquatiques et, moins fréquemment, Le naturaliste
canadien et d'autres revues. Beaucoup des
recherches des entomologistes canadiens sont également publiées dans des revues
entomologiques ou spécialisées internationales. Faune du Canada, y compris I'écologie
Danks, H.V. 1979. Canada and its insect fauna. Mem. ent. Soc. Can. 108. 573 p. |Ce volume donne la liste
pratiquement complète des travaux canadiens et des travaux nord-américains pertinents
portant sur la faune effectués jusqu'en 1977-78.| __________ 1981. Arctic Arthropods.
A review of systematics and ecology with particular reference to the North American
fauna. Entomological Society of Canada,
Ottawa. 608 pp. |Ce volume donne la liste
pratiquement complète de travaux portant sur la faune arctique nord-américaine
effectués jusqu'en 1979-80.| __________ 1987. Insect Dormancy: an ecological perspective. Biological Survey of Canada (Terrestrial
Arthropods), Ottawa. 439 p. |Biol. Surv. Can. Monogr. ser. 1; le premier d'une série| Holland, G.P. 1985. The fleas of Canada, Alaska and Greenland
(Siphonaptera). Mem. ent. Soc. Can.
130. 631 p. |et autres Memoirs par divers auteurs| Kelleher, J.S. et M.A. Hulme. 1984. Biological control programmes against insects and
weeds in Canada 1969-1980. Commonwealth
Agricultural Bureaux, London. 410 p. |et volumes antérieurs| Kevan, D.K. McE. et G.G.E. Scudder. 1988. Illustrated keys to the families of terrestrial
arthropods of Canada. 1. Myriapoda. Biological
Survey of Canada (Terrestrial Arthropods), Ottawa. |Biol. Surv. Can. Taxon.
ser. 1; le premier d'une série| McAlpine, J.F. et al. 1981, 1987. Manual of Nearctic Diptera, vols, 1, 2. Agr. Can. Monogr. 27, 28. 674, 1032 p. Lafontaine, J.D., S. Allyson, V.M.
Behan-Pelletier, A. Borkent, J.M. Campbell, K.G.A. Hamilton, J.E.H. Martin et L. Masner.
1987. The insects, spiders and mites of Cape
Breton Highlands National Park. Biosystematics
Res. Centre Rept. 1. 302 p. |et autres ouvrages de cette série| Larson, D.J. et M.H. Colbo. 1983. The aquatic insects: biogeographic considerations.
p. 593-677 in R. South, Ecology and biogeography of the island of Newfoundland. Monographiae Biologicae, vol. 48. Junk, La Haye. Rose, A.H. et O.H, Lindquist. 1982. Insectes des feuillus de l'est du Canada.
Environnemment Canada, Service canadien de forêts. l autres ouvrages traitent des
ravageurs qui s'attaquent à d'autres espèces d'arbres | Rosenberg, D.M. et H.V. Danks. 1987. Aquatic insects of peatlands and marshes in
Canada. Mem. ent. Soc. Can.
140. 174 p. | Divers auteurs |. 1976 Les
insectes et arachnides du Canada et de I'Alaska. Partie
1- | 15, 1987; la série se poursuit|. Agr.
Can. Publ. | Divers numéros, la plupart
traitant d'une seule famille| | Il existe de trés nombreuses
publications traitant des ravageurs. Des
feuillets et des brochures d'information traitant de nombreuses espèces sont offerts par
Agriculture Canada et le Service canadien des forêts.
II existe également deux publications annuelles: Insectes et maladies des
arbres au Canada et La revue canadienne des insectes nuisibles aux cultures.| Organisations
Anstey, T.H. 1986. Cent moissons.
Direction de la recherche, Agriculture Canada, 1886-1986. Série historique dAgriculture Canada
27. 492 p. Cody, W.J., D.B.O. Savile et M.J.
Sarazin. 1986. La recherche en systématique
à Agriculture Canada, Ottawa 1886-1986. Série
historique dAgriculture Canada 28. 83 + 81 p. Danks, H.V. 1986. Biological Survey of Canada (Terrestrial
Arthropods). p. 203-208 in K.C. Kim et
L. Knutson, Foundations for a National Biological Survey.
Association of Systematics Collections, Lawrence, Kansas. 215 p. Newsletter of the Biological Survey of
Canada (Terrestrial Arthropods). 1982- Vol. 1-
|2 numéros par an| Société d'entomologie du Canada: pour
des informations d'ordre général concernant la Société, voir le Bulletin of the
Entomological Society of Canada / Bulletin de la Sociéte dentomologie du
Canada 1- (1969-) Ressources entomologiques et autres sujetsBiological Survey Project. 1977. Annotated list of workers on systematics and
faunistics of Canadian insects and certain related groups. 107 p.; suppl. 1978, 4 p. |Mise
à jour en cours| Biological Survey Project. 1978. Collections of Canadian insects and certain
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Ce document a étè préparé par H.V. Danks pour le compte de la Commission biologique du Canada (Arthropodes terrestres). Publié par la Commission biologique du Canada (Arthropodes terrestres), 1988.
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